Zoom sur le bilan de compétences

Comme promis, j’aborde cette fois le bilan de compétences.

J’ai donc quitté mon job sans savoir ce que je ferais ensuite. Je ressentais le besoin d’être accompagnée dans cette réflexion sur « mon projet pour les 10 prochaines années ». J’aime voir les choses comme cela, impermanentes, mouvantes. Mon parcours venant de me prouver que tout peut changer !

Pour cette aide extérieure, le bilan de compétences me semblait être la bonne forme. Je me suis donc renseignée sur les modalités. C’est un processus encadré et défini par la loi de 2014 sur le Conseil en Evolution Professionnelle. On trouve le détail sur ce site par exemple : https://www.bilandecompetences.pro/guide/reglementation/. Mais aussi sur le très officiel site du ministère du travail : https://travail-emploi.gouv.fr/formation-professionnelle/evoluer-professionnellement/article/le-bilan-de-competences.

Le bilan de compétences, d’accord, mais avec qui ?

Ce fut la question suivante. Le processus étant encadré, les personnes qui le pratiquent doivent être habilitées (agrément Fongecif), elles ont donc toutes le bagage et la maîtrise nécessaire. Le tarif est le même également (1.680€ TTC pour un financement perso). Alors, comment choisir ?

La psychologue qui m’accompagnait m’avait conseillé une coach. Cette dernière étant débordée (et ce n’est pas la seule vu l’engouement pour ces bilans), elle m’en conseilla à son tour deux autres. Parallèlement, une collègue m’avait parlé d’une amie à elle qui est coach. Encore et toujours le bouche à oreille, le réseau comme on dit aujourd’hui.

J’ai donc rencontré 3 dames, accueillantes et pertinentes, qui m’ont présenté le même schéma d’accompagnement. Rassurant déjà ! A l’heure du choix, que j’avais repoussé de plusieurs jours, j’ai décidé d’aller marcher en forêt, avant de me positionner. La marche dans la nature a sur moi un pouvoir cérébro-apaisant, si je puis dire. Quand je suis en mode « tempête sous chapiteau », rien de tel qu’une balade pour redescendre en pression !

En rentrant, j’ai compris qu’à compétences égales, il valait mieux que je choisisse la personne avec laquelle j’avais le plus d’affinité. Puisque j’allais m’exposer devant elle, il fallait que je me sente en confiance. Pas facile après un seul rdv de moins d’une heure ? Peut-être, pour le coup là j’ai juste écouté mon ressenti.

En bref, ces 24h c’est quoi ?

C’est 10 à 12 entretiens, avec une personne qualifiée donc, à raison d’un rendez-vous par semaine, soit environ 16h de face à face. A cela viennent s’ajouter des tests (personnalité, valeurs, intérêts et sens au travail) et du temps d’analyse et de rédaction de la part de l’accompagnant. Et pour finir, un rdv de suivi dans les 6 mois suivant la fin du bilan.

Surtout, pour celui qui s’implique dans cette démarche, c’est du temps de réflexion, de préparation des rdv, du temps pour penser à sa vie : passée, présente, future. Pas de baguette magique, pour trouver sa voie, il faut partir en exploration de soi ! Il est question de formation, de parcours professionnel, d’activités extra-professionnelles. Les différents champs de la vie sont explorés.

C’est parfois super plaisant : la technique du chemin parcouru permet de se remémorer tout ce que l’on a accompli. C’est parfois douloureux : dans mon cas, me replonger dans mon dernier poste n’était pas super agréable … Argh ! Non, pas le budget ! 😉 Mais ce fut toujours instructif de repasser les étapes en revue, d’en souligner le positif et le négatif.

On en tire quoi justement ?

On en ressort avec une meilleure connaissance de soi, de ses compétences dans différents domaines. Et c’est là que l’autre est intéressant, car à force de vivre avec soi-même, on ne voit plus certains traits, tellement ils font partie de notre fonctionnement. Le coach, au fil des points abordés, fait ressortir tel ou tel aspect récurrent, telle qualité inhérente à notre activité. Ou bien il pose des questions permettant d’aller plus loin dans la réflexion.

Concrètement, on en sort une liste de ce que l’on sait faire, de ce que l’on aime et n’aime pas faire, de ce que l’on veut et ne veut pas faire. Un exemple : je sais gérer des flux de produits alimentaires, mais je n’aime plus ça et ne veux plus le faire. Autre exemple : je sais manager une équipe, j’aime être en relation avec les gens, je ne sais pas sous quelle forme (au moment du bilan) mais je veux continuer de le faire.

Parce que parfois, à défaut de savoir ce que l’on veut, savoir ce que l’on ne veut pas est déjà un pas en avant.

Et après ?

Et bien, on se retrousse les manches, on fait des recherches sur les métiers qui coïncident avec nos envies, nos savoirs. Quand on pense en avoir trouvé un qui colle, on fait ce que l’on appelle des « enquêtes métier » : on va rencontrer des professionnels pour les interroger sur leur profession. Le but étant d’en savoir plus, de tester l’envie. Eventuellement, on fait un stage de découverte, pour s’immerger quelques jours dans un quotidien qui pourrait devenir le nôtre.

Clairement, ça demande de se pousser au c** ! On prend son téléphone, on se déplace … on se sent comme un ado de 15 ans qui va chercher son stage de découverte professionnelle aussi parfois 😄 Mais c’est le seul moyen de confronter le rêve à la réalité, de vérifier que ça peut convenir.

Ensuite, il reste à monter le projet. Cette étape est très variable selon les cas. Y a-t-il un besoin de formation ? Est-ce réalisable dans la région de résidence ? A-t-on besoin d’un financement (formation, installation, …) ? Le rôle du bilan va être de jalonner le projet, pas forcément de tout réaliser durant les 3 mois sur lesquels il se déroule.

Pour finir

Lors du dernier rdv, l’accompagnant doit fournir une synthèse, qui reprend (sans rien dévoiler de confidentiel) les circonstances du bilan, les savoirs et besoins mis en exergue, le projet défini. Ce document peut être demandé par l’employeur ou le Pôle Emploi, par exemple. Pour soi, il permet de synthétiser le travail effectué. S’y replonger de temps en temps, ultérieurement, peut être nécessaire.

6 mois après, un rdv de suivi est effectué, pour voir où en est le projet.

Je terminerai sur 2 conseils tirés de mon expérience :

  • Il est primordial de s’impliquer, en termes de temps consacré, comme en travail d’introspection. Si on reste à la surface des choses, il y a peu de chance d’aboutir à une envie profonde.
  • La relation coach/coaché est capitale, il faut se sentir en confiance pour parler de ce qui nous anime vraiment. Il faut pouvoir être entendu et soutenu face aux questions qui vont surgir.

Après cet article plus généraliste, je vous parlerai de la genèse de mon projet en particulier.

En attendant, n’hésitez pas à partager vos expériences, poser vos questions grâce à la section « Commentaires » ci-dessous.

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Interlude

Je vous resitue : début novembre 2017, plus de job, au chômage.

Je ne voulais pas être prise au dépourvu au moment de passer d’une vie très (trop !) remplie – la semaine d’un job qui ne me faisait plus vibrer, le week-end de visites à mes proches pour me ressourcer – à une vie que je souhaitais plus paisible. Alors j’ai commencé par partir en vacances avec une amie.

Ce fut LA bonne idée ! Cela m’a permis (outre de passer une super semaine, ce qui est crucial), de casser le rythme, de me détendre, de faire la transition en douceur.

Et notamment sur un point non négligeable dans mon cas : passer de journées où j’étais  entourée de collègues, hyper-sollicitée, à des journées … seule, si je ne me bougeais pas le zouk pour interagir avec des gens. C’est à prendre en compte avant de tout lâcher, savoir si on est prêt à affronter le vide, sur l’agenda notamment. La solitude ne me fait pas peur, j’aime bien être en tête-à-tête avec Julie, mais pas 168h/semaine non plus !

J’ai donc pris soin de continuer mes activités sportives en groupe, d’aller déjeuner avec des ex-collègues restés copains/copines, de solliciter les gens sans activité professionnelle ou à l’emploi du temps libre. Tout cela m’a permis de conserver un maximum de lien social. Et comme j’avais le temps, j’étais encore plus ouverte aux échanges dans la rue, avec les commerçants de mon quartier, mes voisins, etc. J’ai d’ailleurs découvert certains de mes voisins en changeant de rythme de vie. Autres horaires, autres rencontres.

En parlant d’horaires, passé les premières semaines où j’ai écouté mon corps et supprimé le réveil sauf exception, j’ai ressenti le besoin de maintenir un rythme. Je voulais éviter de dériver vers un mode coucher tardif / lever tardif. Je suis plutôt du matin, donc ça n’aurait rien valu de bon. J’étais sympa avec moi-même, le réveil sonnait à 8h. Ce qui fait que, la plupart du temps, je me réveillais naturellement avant. Quel bonheur !

Enfin, en rentrant de mes vacances de novembre, j’ai planifié celles de décembre !

Je voulais faire un trek (randonnée itinérante sur plusieurs jours). J’avais dans l’idée de partir en Jordanie, mais ce n’était pas la saison, dixit les agences de voyage. Ce fut donc le Cap Vert, où j’ai fait une semaine de randonnée sur une île volcanique, une île jardin. Dépaysement, grand air, activité physique, découvertes culinaires et belles rencontres furent au menu de ce séjour. J’avais besoin de me faire ce plaisir avant d’entamer ma réflexion sur ce qu’allait être la prochaine phase de ma vie.

Et dans ce groupe de 9 marcheurs, devinez combien étaient en réorientation professionnelle ? 3, tous âgés de moins de 40 ans !

Dans le prochain article, promis, je parle du bilan de compétences 😉

D’ici là, je suis curieuse de vous lire grâce à la section « Commentaires » ci-dessous.

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Passage à l’acte

Me voilà donc, début juillet 2017, à expliquer à mon boss que j’ai bien réfléchi et que je veux arrêter notre collaboration.

Autant vous dire que n’en mène pas large, malgré l’air calme et déterminé que j’affiche. Et là, ô joie, ô bonheur ! Il se montre compréhensif ! Il faut dire que je lui avais fait un accident de voiture l’été précédent (un conseil : mieux vaut dormir dans un lit que dans une voiture lancée sur autoroute, aussi confortable soit elle) et une crise de larme en octobre (et oui, il y a un être humain avec ses faiblesses derrière tout cadre dirigeant). Et en prime, depuis l’automne, chaque fois qu’une tâche ne me plaisait pas, je ne me gênais pas pour le lui dire. Genre : « J’ai fini la négociation fournisseur, mais je n’aime pas ces jeux de dupe ».

Donc le terrain était en quelque sorte préparé. Il n’est pas tombé des nues devant mes propos. Sans compter sur son expérience de la vie … qui n’est pas un long fleuve tranquille !

Mon manager fait preuve de bienveillance donc, mais il teste ma détermination. Il me demande de réfléchir encore, s’enquiert de ce qu’il pourrait faire pour que je change d’avis … sans toutefois me mettre la pression. A mon retour de congés fin juillet, toujours décidée (en fait, plus que jamais décidée devant mes 500 e-mails non lus), je signe le papier tant rêvé : mon billet pour la liberté !

De mon côté, je me suis engagée à rester professionnelle et engagée jusqu’à la fin de mon contrat (3 mois après la signature), à former mon remplaçant et à faire (pour la dernière fois, alléluia !) ce foutu budget pour l’année suivante. C’est ce que j’appelle un accord gagnant-gagnant.

Vient alors le moment de l’annonce de mon départ, au retour des congés d’été.

Bonne rentrée messieurs dames ! Et là, c’est la sidération : la majorité des gens tombent des nues. Ils me voyaient continuer sur ma lancée. La bonne surprise, c’est que globalement ils comprennent tout de même. Il y a peu de discours scandalisés. Je reçois plutôt des encouragements et j’ai face à moi des gens un peu envieux de cette liberté que je m’octrois, comme un doux rêve qui leur semble inaccessible.

Il faut préciser que cette décision n’engage que moi : pas de conjoint, pas d’enfant, pas de dette non plus. A chaque situation ses aisances et ses contraintes !

La question la plus récurrente est la suivante : « Et tu vas faire quoi après ? » A laquelle ma réponse est en substance que je ne sais pas. Et bien la vacuité, il faut pouvoir l’assumer dans une société du Faire ! Je vous rassure, j’avais déjà à ce moment-là quelques éléments à leur donner à manger, pour apaiser leur angoisse et éviter de me la faire refiler. Je réalise néanmoins aujourd’hui que ce fut un bon exercice préparatoire à la période de temps libre qui m’attendait ensuite.

J’ai donc tenu bon encore 2 mois, grâce à la perspective de mon 37ème anniversaire, qui marquerait la fin de mon contrat de travail. Le comble : ce jour-là était férié ! Une coïncidence pareille, ça ne s’invente pas, c’est une belle grosse synchronicité.

En résumé, ces derniers mois ne furent pas de tout repos, d’un point de vue purement professionnel comme émotionnel.

Passer le flambeau, ça demande un sacré boulot de réflexion sur son rôle et de pédagogie pour transmettre ses connaissances. Partir c’est laisser des gens derrière soi et il m’a fallu me défaire d’une certaine culpabilité (délit d’abandon de navire caractérisé).

Pour cela, j’ai opté pour un discours de choix positif (je pars pour moi) et non d’opposition (contre l’entreprise, les gens, etc.). Mon sourire béat de nana qui va larguer les amarres, je l’ai gardé pour mon temps extra-pro. J’ai fait mon possible pour leur relayer tout ce que j’avais compris du job. Je me suis (passez-moi l’expression) tapée ce foutu budget et la séance d’interrogation (interrogatoire ?) qui va avec !

Me voilà donc le vendredi 27 octobre 2017, de l’autre côté du Rhin, une coupe de crémant à la main, à retracer presque 10 ans de vie professionnelle, à remercier certains acteurs de mon parcours (tout n’étant pas à jeter loin de là) et à m’entendre dire par mon patron que mon départ « n’est certes pas une bonne nouvelle pour l’entreprise, mais une bonne nouvelle pour [moi] » ! Waouh ! Cadeau !

A partir de là, j’ai décidé de ne garder en tête que le meilleur de cette phase de ma vie.

Dans le prochain article, je vous raconterai comment j’ai abordé mon début de chômage (appelons un chat un chat) et comment j’ai entamé ma réflexion grâce au bilan de compétences.

D’ici là, n’hésitez pas à laisser vos questions et réflexions en commentaire. Cette page est un lieu d’échange, mon propos ne représente qu’un exemple de parcours, j’aurais plaisir à l’enrichir de vos expériences et pensées.

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La Genèse

… ou comment naît l’idée d’arrêter de bosser

Voilà comment tout a commencé … Non, ce n’est pas possible de dire précisément quand tout a commencé. C’est un processus qui s’est tramé en coulisse, discrètement, qui m’a amené à cette décision radicale : arrêter de travailler (temporairement s’entend).

  *   *   *   *   *   *   *   *   *

Mon premier réflexe devant ce mal-être professionnel (et ses répercussions sur ma vie personnelle pardi) a été d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs : changer d’entreprise. J’ai des compétences, j’allais les proposer à d’autres.

Pendant 2 ans, je suis en veille comme on dit, c’est-à-dire que je surveille les annonces pour postuler à des offres d’emploi, je suis active sur des réseaux sociaux pro, mon CV est disponible en ligne pour me faire chasser. Quel terme atroce ! Qui signifie que des cabinets de recrutement me contactent pour évaluer si je pourrais être la perdrix tant recherchée par leur client du moment. Je ne m’étendrai pas sur ces intervenants (ça pourrait faire l’objet d’un article entier), disons juste que j’en ai croisés quelques-uns qui gardent mon estime.

Donc mon CV plaît aux recruteurs, je suis contactée, les premiers échanges se passent bien, je suis régulièrement dans le peloton de tête (les 2 ou 3 candidats sélectionnés au final) … Mais aucune candidature n’aboutit. J’essaye même d’afficher mes valeurs de respect de l’homme et de son environnement pour attirer des entreprises qui y sont sensibles. Niet.

Vous imaginez le cycle à chaque fois : excitation à l’idée d’un nouveau poste, motivation, préparation pour les entretiens, projection dans une nouvelle vie, représentation devant les recruteurs (c’est un exercice que je situe entre le théâtre et la vie), revenir avec des envies et des doutes, attendre la réponse en cogitant, recevoir un « non merci », retombée de soufflet, il faut retourner bosser … avec le sourire ! C’est é-pui-sant, moralement et physiquement.

Vient alors la remise en question : pourquoi est-ce que ça ne marche pas ? Et la réponse (de la petite voix dans ma tête) : « Parce que tu n’es pas foncièrement motivée, ma vieille ». Et pourquoi ? Cette réponse-là il me faudra du temps pour accepter de l’entendre : « Parce que tu n’aimes plus ce que tu fais ».

Vlan, ailes coupées en plein vol. Envolé le parcours doré, tout tracé, école d’ingé, belle boîte, belle carrière, belle vie qui va avec. J’ai fait tout comme il faut, pourtant ! Tout ? Non, je n’ai pas écouté mes aspirations profondes, toute occupée que j’étais à être performante, à donner satisfaction à autrui. Résultat : mon job manque de sens à mes yeux et surtout ma vie ne ME donne pas satisfaction.

A un moment donné, je suis tellement mal que je prends conscience que je perds ma vie à la gagner. Et c’est là que je me dis que ce n’est plus tolérable et que je dois me prendre en main, que je ne peux pas, à 36 ans, être malheureuse dans ma cage dorée – où je me suis mise moi-même, soyons clairs, je ne rends personne responsable de mes choix de vie. Je sens que j’ai besoin d’ouvrir mes ailes, qu’il est temps d’être moi-même.

« Ok ! C’est bien ma fille ! Et avec ça tu fais quoi ? » dit la petite voix rabat-joie dans ma tête. Alors, je cogite (une de mes activités favorites, énergivore et chronophage, mais ça c’est une autre histoire) … Je cogite donc … Qu’est-ce que j’aime faire ? Refaire le monde avec une amie en sirotant un breuvage tanique de couleur bordeaux, c’est recevable comme réponse ? Non, ah bon.

Plus sérieusement, au boulot c’est simple, je n’aime plus qu’une chose : le management, le relationnel. Reconversion RH ? Non, le côté réglementaire va me saouler, je serais encore plus en 1ère ligne des décisions de la direction et en dehors des équipes. En Terminale, j’avais pensé au métier de psychomotricienne, est-ce encore d’actualité ? Je me renseigne, non ça ne me fait plus vibrer. Par contre, ma brochure d’école d’ingé affichait « Nourrir les hommes », et ça, ça me fait vibrer ! Je réalise que je parle régulièrement alimentation, nutrition, activité physique avec les gens. On vient me poser des questions, j’ai plaisir à échanger sur ces sujets. Mais quel métier, quelle formation ?

Un milliard de questions se posent et, je ne sais comment, j’arrive à stopper ce flot anxiogène, à faire confiance à cet élan qui part de mes tripes et me dit que je dois arrêter de travailler (avant d’être vraiment malade), prendre le temps de me recentrer et que je vais trouver ma voie. Réflexe de survie ? Fruit du travail sur moi-même ? Qui sait ? Peu importe, c’est décidé, je me lance !

Biensûr il faudra un moment avant de me jeter à l’eau. D’abord, j’en parle à mes proches, je m’assure de leur soutien (en cas de blues, j’aurais besoin d’eux), je teste mon idée sur eux qui me connaissent bien. Puis j’en parle à des collègues de confiance, qui me connaissent dans un autre milieu que mes proches. Bref je rode mon discours. Parce que concrètement, aller dire à son boss qu’on veut s’en aller, c’est un exercice délicat, qui peut vite tourner au lâcher de bombe.

Et autant j’étais prête à entendre les réflexions atterrées et les sarcasmes d’un tas de gens qui ne comprendraient pas ma décision, autant je tenais à ce que ça se passe le mieux possible avec mon patron et à partir dans de bonnes conditions. J’en ressentais le besoin aussi bien pour moi, que pour ceux qui resteraient (esprit d’équipe oblige), que pour lui qui allait devoir gérer mon départ. Nul n’est irremplaçable, certes, mais un membre de son équipe qui se barre ce n’est pas plaisant (ok ça dépend, si c’est Jo Lecrampon …) et, dans tous les cas, c’est du boulot en plus.

Dans le prochain article, je vous raconte cet entretien avec mon boss et mes derniers mois de travail. D’ici là, n’hésitez pas à laisser vos questions et réflexions en commentaire.

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Présentation

Qui suis-je ? Vaste question … Je vais déjà m’atteler à ce qui m’amène à créer un blog aujourd’hui.

J’ai une formation d’ingénieur en industrie agro-alimentaire et j’ai travaillé pendant 12 ans dans ce secteur, plus particulièrement dans le domaine de la Supply Chain. Késako ? C’est en français la « chaîne d’approvisionnement » et, schématiquement, ce sont toutes les étapes qui permettent d’amener des matières premières vers une usine, puis de mener le produit issu de ladite usine jusqu’au magasin. Ca existe pour tout produit que l’on achète (alimentaire ou non), c’est plus ou moins complexe selon les cas. Pour un fromage de ferme, par exemple, le lait de mammifère est récolté, puis acheminé jusqu’à la fromagerie de la ferme. Le fromage peut alors être fabriqué, emballé, puis transporté jusqu’à l’étal du marché où il sera vendu. Si vous parlez de graine de couscous, le blé est récolté, puis acheminé au moulin. La semoule de blé dur ainsi produite est acheminée jusqu’à une usine, qui va préparer la graine de couscous, la conditionner, la stocker dans un entrepôt, puis la livrer dans l’entrepôt d’un distributeur. Ledit distributeur l’emmènera de son entrepôt vers un magasin, puis de la zone de stockage du magasin aux étagères du rayon épicerie. Là, le consommateur pourra faire le choix de le mettre dans son panier (ou pas).

Pourquoi vous écrire tout cela ? Pour vous mettre dans l’ambiance du monde dans lequel je baignais. Industrie et distribution. Et puis aussi parce qu’on n’imagine pas toujours tout ce qu’il y a derrière un produit à disposition sur une étagère. 😉

Pendant 12 ans, j’ai donc exercé différentes fonctions, avec succès, ce qui m’a valu d’évoluer comme on dit, c’est-à-dire de changer de poste, d’élargir mes compétences, de prendre des responsabilités, de devenir manager notamment, donc d’encadrer une équipe (être chef quoi), de gravir les échelons. Ah, que le vocabulaire d’entreprise revient vite ! Donc je fais ce que l’on attend de moi, j’apporte satisfaction à mon employeur, qui me le rend à sa façon (promotion), j’y trouve de la satisfaction et on recommence la boucle. Sincèrement, c’était stimulant et gratifiant pour la jeune salariée que j’étais. J’ai donc construit ce que l’on appelle « une belle carrière », qui m’amène à 36 ans à prendre un poste de cadre dirigeant dans une multinationale. J’ai percé le plafond de verre, j’ai une (trop) grosse voiture de fonction, un smartph-ilalapatte professionnel, un revenu confortable, des perspectives d’évolution, bref aux yeux de la société au sens large : j’ai brillamment réussi et ce n’est qu’un début.

Parallèlement, la jeune femme que j’étais évolue elle aussi, car qui est le même de 25 à 37 ans ? Ce n’est pas simple de retracer cette évolution d’ailleurs. Formée en industrie alimentaire, j’ai la manie de lire les étiquettes des produits que j’achète. Petit à petit j’en exclus certains, j’en privilégie d’autres. J’aime cuisiner, donc je fais de plus en plus moi-même, je vais au marché, j’échange avec les producteurs, les commerçants de mon quartier, de ma ville. J’entends des résultats d’études sur les effets des pesticides et autres additifs. Je constate les problèmes de santé ou de poids autour de moi. Je fréquente des gens plus tournés « nature » que « productivité ». Je voyage dans des pays où les gens n’ont pas beaucoup de possessions matérielles, mais possèdent cette joie de vivre dans la simplicité. Tout cela fait que, petit à petit, j’ai moins envie de participer au grand jeu de la consommation – a fortiori en voyant dans mon job les dessous de la grande distribution. Je me transforme en consom’acteur (terme inventé par Biocoop) : je consomme autant que possible local, de saison, d’agriculture biologique ou raisonnée, commerce équitable, etc., je recycle, je fais même partie à un moment d’un Repair Café (lieu où des bénévoles réparent des objets pour d’autres personnes contre une participation libre et symbolique).

Alors voilà, à force, les deux facettes de moi-même ne collent plus l’une à l’autre. Je suis de plus en plus tiraillée entre le monde de la grosse entreprise qui court après la rentabilité, la productivité et mon écologie intérieure plus centrée sur la Qualité (des produits, des relations). Résultat, je ne m’amuse plus, je suis stressée, insatisfaite, malheureuse.

Comme je ne suis pas du genre à me lamenter pendant des lustres sans agir, je vais tenter de faire bouger les choses. Et ça, ça sera le sujet du prochain article.

En attendant, n’hésitez pas à laisser des commentaires : avez-vous vécu cela, vous aussi ? Voulez-vous partager une expérience, un ressenti ? Une question vous trotte-t-elle dans la tête ?

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